L'Unitor au MoMA

L'année 2015 restera gravée comme celle d'une reconnaissance internationale majeure pour l'héritage de Justino Serralta. Le Museum of Modern Art de New York (MoMA), temple mondial de l'avant-garde, inaugurait l'exposition monumentale « Latin America in Construction: Architecture 1955–1980 ». Au milieu des maquettes et des plans retraçant l'explosion de la modernité en Amérique du Sud, une œuvre singulière attirait l'attention par sa nature hybride : l'UNITOR.

Une exposition historique pour le modernisme latin
Soixante ans après la première grande rétrospective du MoMA sur le sujet (en 1955), cette exposition visait à réévaluer la contribution massive de l'Amérique latine à l'architecture mondiale. Dans ce contexte, Justino Serralta n'apparaissait pas seulement comme un collaborateur de Le Corbusier, mais comme un penseur autonome, capable de synthétiser les influences européennes et les besoins structurels et sociaux d'un continent en pleine mutation.
L'UNITOR y a été présenté non pas comme un simple objet de design, mais comme le témoin d'une "pensée-monde". En intégrant cette pièce à sa collection permanente à l'issue de l'exposition, le MoMA a envoyé un signal fort : l'œuvre de Serralta dépasse les frontières de l'Uruguay et de la France pour devenir un patrimoine universel.
L'UNITOR : Entre rigueur scientifique et poésie spatiale
Pourquoi le MoMA a-t-il choisi d'acquérir l'UNITOR ? La réponse réside dans la singularité du projet. Fruit de plus de soixante ans de recherches, l'UNITOR est à la fois un livre-objet, un manifeste et un outil de calcul. Il incarne cette quête obsessionnelle de Serralta : trouver une unité de base capable de relier l'infiniment petit à l'infiniment grand.
Pour les commissaires d'exposition du MoMA, l'UNITOR représentait le chaînon manquant entre la rigueur mathématique du Modulor corbusierien et une vision plus systémique de la réalité humaine. Là où le modernisme classique se concentrait parfois sur la pureté de la forme, l'UNITOR de Serralta intègre la complexité sociale, l'organisation politique (via l'Administor) et la circulation des flux (via le Comunitor). C'est cette dimension transdisciplinaire — reliant la science pure à l'aménagement du territoire — qui a fasciné le public new-yorkais.
De la Rue de Sèvres au rayonnement mondial
L'exposition a également permis de rappeler l'importance de la formation de Serralta. Si ses années à l'Atelier de la rue de Sèvres ont posé les bases de sa compréhension de l'harmonie, c'est son retour en Uruguay puis son exil en France qui ont permis à sa pensée de décanter pour devenir l'UNITOR.
Au MoMA, le visiteur pouvait percevoir comment Serralta a transformé la leçon du maître en une méthode de travail applicable à toutes les échelles. L'UNITOR est devenu, sous les yeux des critiques internationaux, la preuve que l'architecture pouvait être une "science de la relation". Cette reconnaissance a permis de sortir Serralta de l'ombre de Le Corbusier pour le présenter comme un chercheur dont la radicalité n'avait rien à envier aux plus grands noms de l'époque.
Un héritage pour le futur
L'entrée de l'UNITOR dans les collections permanentes du MoMA n'est pas une simple fin en soi. C'est un point de départ. Cela signifie que les chercheurs, étudiants et architectes du monde entier auront désormais un accès privilégié à cette pensée. Cela valide également la pertinence contemporaine de Serralta : à une époque où nous cherchons désespérément à reconnecter les savoirs pour répondre aux crises écologiques et sociales, l'approche systémique de l'UNITOR apparaît comme un outil d'une modernité absolue.
Conclusion
L'exposition de 2015 a agi comme un révélateur. En plaçant l'œuvre de Justino Serralta aux côtés des chefs-d'œuvre d'Oscar Niemeyer ou de Clorindo Testa, le MoMA a rendu justice à la profondeur de son travail. L'UNITOR n'est plus seulement une archive familiale ou un souvenir d'école d'architecture à Rennes ou Montevideo ; c'est désormais une pièce maîtresse du récit architectural du XXe siècle.
Pour nous, qui continuons de faire vivre ce site et cet héritage, cette consécration new-yorkaise est une invitation à poursuivre la diffusion de son œuvre. Car, comme le démontrait Serralta à travers chaque pli de son livre-accordéon, la réalité n'est jamais figée : elle est une forme en perpétuel mouvement, observée par un être, à un moment donné, dans un espace infini.
